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REPONSE À HUBERT DESCAMP

Samedi, juin 20th, 2009

Monsieur,

Suite à votre article publié dans Biocontact (avril 2008), je me permets de vous adresser les remarques suivantes.

 

Confusion entre préparations pour nourrissons à base de protéines de soja (laits infantiles) et lait de soja (tonyu)

Concernant l’usage du lait de soja (tonyu), jamais quiconque ne le recommande pour l’alimentation des nourrissons, notamment parce qu’il existe pour cela des préparations pour nourrissons à base de protéines de soja (PPS), parfaitement adaptées à cet usage. Dès lors, on peine à comprendre l’intérêt de vos mises en garde tant la cause semble entendue.

Du sodium

Agiter les dangers de l’insuffisance en sodium comme vous le faites ne manque pas sel, si je puis dire, dans un pays comme la France où l’excès de sodium tue des milliers de personnes chaque année par hypertension et MCV. Ces accusations, fondées, vaudront à Pierre Meneton (INSERM) d’être traîné devant les tribunaux par le lobby du sel pour finalement être acquitté. Si par ailleurs vous craignez de manquer de sodium, vous pouvez vous procurer dans pratiquement tous les magasins d’alimentation un produit appelé sel de table. Enfin, sachez que chaque année, des centaines enfants en bas âge s’empoisonnent, parfois mortellement,  avec du sel de cuisine, car leurs capacités d’élimination rénale sont très limitées. Se préoccuper des carences en sodium, sel minéral pour lequel jamais la moindre carence ne fut signalée et pour lequel on ne déplore que des excès, semble pour le moins surprenant (1).

Vous écrivez que le magnésium a un caractère dilatateur (de quoi au fait ?), ce qui est inexact. Quant à « l’engourdissement des neurones », j’émets de lourdes réserves sur le caractère scientifique de cette notion. Par acquis de conscience, merci néanmoins de me communiquer les publications médicales décrivant les symptômes de cette mystérieuse affection.

Biodisponibilité du calcium

 

Contrairement à ce que vous indiquez, le calcium, lorsqu’il est naturellement présent ou ajouté au soja sous toutes ses formes, est assimilé de façon très satisfaisante, comme l’indique (entre autres…), une récente étude publiée dans le prestigieux Journal of Nutrition (2).
Quant à la plus forte prévalence de l’ostéoporose constatée dans les pays nordiques, elle s’explique par l’effet acidifiant des protéines de lait (et animales en général) dû à leur excès de méthionine.

Une étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition confirme également ces données (3).

Par ailleurs, la part de calcium (ou de magnésium) non assimilée protège des cancers colorectaux en neutralisant les sels biliaires (4 ;5).

Vitamine B2

Vous écrivez par ailleurs qu’il « manque de la vitamine B2 » [dans le soja] en précisant que la vitamine B2 « catalyse la calcification ». Le terme de catalyse est pour le moins inapproprié car, par définition, on catalyse une réaction chimique ou biochimique mais certainement pas une fonction physiologique.

Effet sur le pancréas

Contrairement à certaines espèces animales, l’Homme est insensible aux effets des inhibiteurs trypsiques grâce à la présence de mésotrypsine, une enzyme qui neutralise ces inhibiteurs trypsiques (6).

Contrairement à ce que vous écrivez, les inhibiteurs trypsiques ne « freinent » pas la production des protéases, mais inhibent, comme leur nom l’indique, l’activité enzymatique des protéases dans la lumière intestinale.

Par ailleurs, chez l’Homme, la génistéine inhibe la cancérogenèse pancréatique, ce qui expliquerait la faible incidence de ce cancer en Asie (7).

Puberté précoce, féminisation des jeunes garçons

En ce qui concerne les pubertés précoces, je me contenterai de vous inviter à lire cette étude de l’OMS (8) qui montre que la puberté est la plus tardive dans les pays où l’on consomme le plus de soja. Ainsi, l’âge de la puberté est de 13 ans en Australie et en Allemagne pour respectivement 15 ans et 16 ans en Chine et Thaïlande. Et encore une fois, toutes les études confirment que les fillettes nourries avec des PPS ne sont en aucun cas affectées par des problèmes de puberté précoce. Je reste perplexe quant à l’anecdote de la chienne dont les chaleurs disparaissent après consommation de tofu dans la mesure où de nombreux aliments pour chiens contiennent (depuis longtemps) du soja et jamais le moindre problème n’a été rapporté. Au fait, quid du pancréas de cette brave bête ?

Quant à la féminisation des jeunes garçons, la (véritable) littérature scientifique tranche sans appel : RAS de coté là, comme sur l’ensemble des autres fonctions physiologiques (thyroïde, cancer, puberté, etc.). Je vous rappelle que l’Afssa déclare au sujet des PPS, je cite, qu’« il n’a pas été observé jusqu’à présent de troubles particuliers chez les enfants et nourrissons nourris avec des préparations à base de soja ». (9) Dont acte.

Merci en tout cas de me faire parvenir les études attestant de l’implication du soja dans les pubertés précoces et la « féminisation » des jeunes garçons.

Lésions intestinales

Je vous mets au défi de me fournir les références de l’étude histologique citée dans le livre de Michel Dogna issues d’une revue scientifique « Peer review ». Michel Dogna est par ailleurs adepte de théories aussi scientifiques, je cite, que « la nouvelle conscience planétaire », du « nettoyage psychique complémentaire » ou bien encore de l’ « Alchimie »…

Les PPS sont utilisées depuis exactement 1906, de sorte que des millions d’enfants ont été nourris depuis avec ces laits infantiles. Croyez-vous que si les PPS provoquaient des « intestins poreux » (heureusement que nos intestins sont un tant soit peu poreux car sinon nous n’absorberions pas les aliments…) ou bien encore des « dégradations du système immunitaire », jamais personne d’autre que l’alchimiste Michel Dogna ne s’en serait aperçu, à commencer par les épidémiologistes qui ont étudié les effets des PPS à long terme ?

Kenneth Setchell

L’étude de Kenneth Setchell publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition que vous mentionnez n’est en aucun cas un avertissement contre l’usage du soja. Pour vous en convaincre, je vous conseille vivement le livre de K. Setchell et Mark Messina qui s’apparente au contraire à un véritable plaidoyer pour le soja (10) (d’ailleurs, la Weston A Price Foundation – WAPF- n’a de cesse d’éreinter K. Setchell et M. Messina, scientifiques par ailleurs réputés et respectés par l’ensemble de la communauté scientifique, accusés entre autre par la WAPF d’être vendus au « lobby du soja », je cite « …soy industry-paid scientists, lobbyists and spokespersons Kenneth D. R. Setchell, Mark Messina… ») ; en d’autres termes, des vendus au « lobby du soja ». Amusant lorsque l’on sait que K. Setchell est l’auteur le plus cité par l’Afssa.

Par ailleurs, dans un récent éditorial publié dans le très réputé Environmental Health Perspectives, K. Setchell déplore que certains, comme vous, utilisent les résultats de ses travaux pour leur faire dire l’exact contraire de ses propres conclusions. Ainsi, K. Setchell rappelle avec insistance que les « phyto-oestrogènes » ne sont en aucun cas des hormones comme vous l’écrivez, mais des régulateurs hormonaux (SERMs) (11).

Effet sur la libido

Vous écrivez que l’on donne du tofu aux moines pour réduire leur libido. Beau slogan de la Weston A Price Foundation, bien entendu étayé par aucune étude scientifique (ou ethnologique). Par ailleurs, les protéines de soja, comme toutes les protéines de légumineuses, sont particulièrement riches en arginine. Un ingénieur biochimiste comme vous ne peut ignorer que l’arginine est transformé par l’organisme en l’oxyde nitrique (NO), un très puissant vasodilatateur. Question : pensez-vous calmer la libido masculine avec un des plus puissants vasodilatateurs connus ?

Je vous laisse découvrir, voire méditer à la façon d’un moine bouddhiste, ce que l’on peut lire sur le site du département de Biologie de l’université de Leeds : « Nitric oxide (among numerous other important roles in the body) is the principal chemical signal mediating smooth muscle relaxation in the penile arterioles, leading to penile erection. In a very real sense, none of us would be here without it!” (12). Non pas « plus sérieusement », mais tout aussi sérieusement, la production de NO vasodilatateur via l’arginine des légumineuses, explique en partie pourquoi elles protègent des maladies cardiovasculaires.

Allergie

Pour ce qui est de l’allergie au soja, Mark Messina estime que sa prévalence dans le monde « s’élève » à…0,03% de la population. Le soja étant par ailleurs parmi les plantes les plus consommées dans le monde, une prévalence de l’allergie aussi faible le classe parmi les aliments les moins allergisants qui soient (13).

Tofu

Vous écrivez que « le calcium de ces différents sels [sulfate de calcium, gypse, lactones] n’est pas assimilable et peut provoquer des troubles rénaux en cas de fortes ingestions ». Question : comment une substance peut-elle provoquer des troubles rénaux si elle n’est pas assimilée ? Quant aux lactones, ces molécules ne contiennent pas de calcium, elle ne sont pas minérales, mais organiques, et ne sont pas des acides, mais par définition…des lactones ! Erreur très étonnante de la part de quelqu’un qui se déclare « ingénieur biochimiste ».

J’attire votre attention sur le fait que le gypse est un minéral parfaitement naturel utilisé par traditionnellement par les Chinois, les inventeurs du tofu. Enfin, si vous parvenez à fabriquer du chlorure de calcium (CaCl2) à partir d’ammoniaque (NH4OH), je vous conseille de postuler pour le Nobel de chimie, ou plutôt d’Alchimie.

Vous dites par ailleurs « à la connaissance des nombreuses études parues aux Etats-Unis sur la consommation de lait de soja et de tofu, nous avons éliminé le tofu ». Je vous serais reconnaissant de me faire parvenir deux études attendant d’un quelconque danger du tofu, exercice a priori simple vu que celles-ci sont « nombreuses ».

Effet du tofu sur le cerveau

A l’exception d’une étude (14) dont la méthodologie a été très critiquée, notamment parce que l’exposition à l’aluminium apporté par l’alimentation, principal facteur de risque de l’Alzheimer, n’a pas été mesurée, toutes autres les études montrent que le soja protège les fonctions cognitives (15 ;16 ;17) et ce au même titre que l’ensemble des aliments riches en polyphénols et plus généralement en antioxydants.

OGM

Vous écrivez que « dans ce cas précis [soja Bt] » le but est « de pouvoir utiliser un herbicide (le glyfosate) ». Le soja (ou le maïs, coton, etc.) Bt ne résiste en aucun cas au glyfosate (nom commercial Roundup®, propriété de Monsanto) au contraire des variétés dites « RR » (« Roundup Ready ») qui résistent effectivement au Roundup®. Vous écrivez que la présence de soja GM « est impossible avec les produits portant le label bio ! ». Malheureusement, des cas de contamination de produits bio par des OGM ont été rapportés au Royaume-Uni.

Dénoncer les OGM est sûrement une intention louable. A condition toutefois de faire preuve de rigueur afin de ne pas prêter le flanc aux critiques des pro-OGM qui font des gorges chaudes avec la fragilité des arguments des anti-OGMs. Et votre propos apporte – hélas ! – de l’eau à leur moulin.

Soja fermenté : tempeh dans un verre d’eau

Vous écrivez que « ces produits fermentés auront perdu le caractère oestrogénique du soja ». Or, c’est l’exact contraire qui se produit car les fermentations (bactérienne et/ou fongique) transforment (et en aucun cas « détruisent ») les phyto-oestrogènes glycosylés, pratiquement sans effet oestrogénique, en phyto-oestrogènes aglycones (e.g. équol) 200 fois plus (phyto)-oestrogéniques que les formes glycosylées (mais toujours considérés comme des SERMs…) (18).

Régime macrobiotique

Vous déclarez suivre un régime macrobiotique dont les principes reposent sur les principes – ô combien scientifiques – du yin et du yang. Quoiqu’il en soit, les bases alimentaires de ce régime, céréales entières, les légumes, les algues, les légumineuses, sont des aliments extrêmement riches en phyto-oestrogènes (lignanes des céréales et des algues en particulier, coumestrol des haricots, etc.).

Choix de vos sources

Joseph Mercola que vous citez comme référence, n’a jamais publié la moindre étude sur le soja. De plus, son site est d’abord et avant tout un site marchand. En février 2005, Mercola a reçu un avertissement par les autorités sanitaires américaines (FDA) pour publicité mensongère (19), ce qui en dit long sur l’éthique et la rigueur du personnage, Mercola prétendant entre autres joyeusetés guérir le cancer avec des noix de coco. Quant à son affidé, Mary Enig, que vous citez également, elle « partage » avec Mercola une absence totale de publication sur le soja, mais se permet de recommander également les extraits de noix de coco pour guérir du SIDA (20), extraits vendus sur le site du bon Dr Mercola, ça tombe bien…
Par ailleurs, Mary Enig est la fondatrice de la Weston A Price Foundation (WAPF), classée par Quackwatch (21) parmi les charlatans de la science.
Quackwatch est une association dirigée par des scientifiques bénévoles, qui ne vendent pas de noix de coco et autres potions magiques, mais en revanche épinglent (gratuitement) les charlatans de la science dont J. Mercola et la WAPF. Ces derniers ont d’ailleurs intenté des procès pour diffamation, tous perdus à ce jour…

En conclusion, vous recommandez la prudence vis-à-vis du soja, mais ne devriez-vous pas d’abord appliquer ce sage précepte vis-à-vis de vos sources « scientifiques » ?

Cordialement,

Hervé BERBILLE

Références (scientifiques…) :

(1) http://www.lanutrition.fr/Un-chercheur-attaqué-par-l-industrie-du-sel-a-1815-230.html
(2) Zhao Y, Martin BR, Weaver CM. Calcium bioavailability of calcium carbonate fortified soymilk is equivalent to cow’s milk in young women. J Nutr. 2005 Oct;135(10):2379-82.
(3) Heaney RP, Dowell MS, Rafferty K, Bierman J. 2000. Bioavailability of the calcium in fortified soy imitation milk, with some observations on method. Am J Clin Nutr 71:1166-1169.
(4) Peters U, Chatterjee N, McGlynn KA, Schoen RE, Church TR, Bresalier RS, Gaudet MM, Flood A, Schatzkin A, Hayes RB. Calcium intake and colorectal adenoma in a US colorectal cancer early detection program. Am J Clin Nutr. 2004 Nov;80(5):1358-65.
(5) Wu K, Willett WC, Fuchs CS, Colditz GA, Giovannucci EL. Calcium intake and risk of colon cancer in women and men. J Natl Cancer Inst. 2002 Mar 20;94(6):437-46.
(6) Szmola R, Kukor Z, Sahin-Tóth M. Human mesotrypsin is a unique digestive protease specialized for the degradation of trypsin inhibitors. J Biol Chem. 2003 Dec 5;278(49):48580-9. Epub 2003 Sep 24.
(7) Wang Z, Zhang Y, Banerjee S, Li Y, Sarkar FH. Inhibition of nuclear factor kappab activity by genistein is mediated via Notch-1 signaling pathway in pancreatic cancer cells. Int J Cancer. 2006 Apr 15;118(8):1930-6.
(8) Morabia A, Costanza MC. International variability in ages at menarche, first livebirth, and menopause. World Health Organization Collaborative Study of Neoplasia and Steroid Contraceptives. Am J Epidemiol. 1998 Dec 15;148(12):1195-205. Erratum in: Am J Epidemiol 1999 Sep 1;150(5):546.
(9) Sécurité et bénéfices des phyto-estrogènes apportés par l’alimentation – Recommandations, page 173
(10) The Simple Soybean and Your Health par Mark Messina, Virginia Messina, et Kenneth Setchell
(11) Setchell KD. Assessing risks and benefits of genistein and soy. Environ Health Perspect. 2006 Jun;114(6):A332-3.
(12) http://www.bmb.leeds.ac.uk/illingworth/bioc1010/index.htm
(13) Cordle CT. Soy protein allergy: incidence and relative severity. J Nutr 2004;134:1213S-1219S.
(14) White LR, Petrovitch H, Ross GW, et al. 2000. Brain aging and midlife tofu consumption. J Am Coll Nutr 19:242-55.
(15) Rice MM, Graves AB, McCurry SM, et al. 2000. Tofu consumption and cognition in older Japanese American men and women. J Nutr 130(suppl 3):676S.
(16) Duffy R, Jarrett N, Fluck E, et al. 2002. Dietary soy improves memory in humans. J Nutr 132:587S.
(17) Kritz-Silverstein D, von Muhlen D, Barrett-Connor E. 2002. The soy and postmenopausal health in aging (SOPHIA) study: overview and baseline cognitive function. J Nutr 132:586S.
(18) Chien HL, Huang HY, Chou CC. Transformation of isoflavone phytoestrogens during the fermentation of soymilk with lactic acid bacteria and bifidobacteria. Food Microbiol. 2006 Dec;23(8):772-8. Epub 2006 Apr 11.
(19) FDA warning 1: Living Fuel Rx, Tropical Traditions Virgin Coconut Oil, and Chlorella issued to Mercola for promoting products on his website "for conditions that cause these products to be drugs", contrary to the Food, Drug, and Cosmetic Act), Public Health Service of the FDA (February 16, 2005).
(20) The HINDU, July 19, 1995
(21) http://www.quackwatch.com/11Ind/mercola.html

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